par le Comité central du (Nouveau) Parti communiste du Canada
Remarques du Comité éditorial de La voie ferrée
À l’occasion de la Journée internationale des femmes, une journée de commémoration proposée pour la première fois par Clara Zetkin en 1910 et depuis reconnue par le mouvement communiste international comme la deuxième journée la plus importante pour la classe ouvrière, La voie ferrée est heureuse de publier le texte « Sur les femmes, l’idéologie, le capitalisme et la révolution » rédigé par le Comité central (CC) du (N)PCC. Ce document expose la ligne du Parti sur la question de l’oppression des femmes, historiquement et aujourd’hui, tout en donnant aux cadres du Parti des orientations et des directives pratiques sur la manière de mieux mobiliser et organiser les luttes des femmes prolétariennes dans le cadre de notre travail de masse et de la lutte de classe en général, en particulier compte tenu de la ligne du Parti sur la centralité ouvrière.
Cette déclaration a été élaborée au cours des années 2024-2025, à la suite d’une période d’étude, de recherche, de rédaction et de discussion à l’échelle du Parti sur la question des femmes (mandatée par le Congrès de fondation du (N)PCC en 2023). Elle est publiée par La voie ferrée au printemps 2026, après avoir été récemment diffusée au sein du Parti.
Tous ou presque tous les cadres du parti ont participé à l’étude interne sur la question des femmes, au minimum par le biais d’études et de débats, mais un grand nombre de camarades ont également soumis des réflexions, des résumés ou des recherches écrites. Deux articles issus de ces échanges internes sont publiés dans ce numéro de La voie ferrée.
Alors que nous nous attendons à ce que la discussion, l’étude et l’affinement de notre ligne se poursuivent à mesure que les cadres du Parti étudieront ce document et l’appliqueront à leur travail politique, celui-ci expose pour le moment les vues scientifiques et l’unité politique du (N)PCC sur la question des femmes.
Suivant une résolution adoptée lors du Congrès de fondation de notre Parti, le Comité central du (N)PCC a conduit une étude collective sur : 1) les conditions sociales des femmes au Canada et les manifestations de l’oppression des femmes sous le capitalisme, et 2) le mode d’intervention du Parti autour des questions sectorielles liées aux femmes, ainsi que les façons d’activer la puissance largement inexploitée des femmes prolétaires dans le cadre de l’ensemble de la révolution socialiste prolétarienne. Ce document définit les grandes lignes de l’unité actuelle du Comité central à propos de ces questions. Comme tout document qui tente de saisir une grande partie de la réalité sociale, ce texte ne prétend pas épuiser le sujet. Cependant, nous croyons être en position de fournir au Parti des lignes directrices solides qui lui permettront d’éviter les pièges associés avec les conceptions non-marxistes et non-prolétariennes dominantes concernant l’oppression et la libération des femmes.
1 – Les origines de l’oppression des femmes
La théorie marxiste diffère fortement des explications dominantes sur l’émergence de l’oppression des femmes, y compris les explications féministes. Nous commencerons par passer en revue les thèses fondamentales avancées par Friedrich Engels dans son livre De l’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État1.
Contrairement aux opinions basées sur « le gros bon sens », néo-réactionnaires et féministes (!) sur les origines de l’oppression des femmes, les marxistes postulent que les premières sociétés humaines étaient largement fondées sur l’égalité entre les sexes. La division du travail, dans la mesure où elle existait, était basée sur les capacités physiques, la procréation et d’autres contraintes naturelles similaires, mais n’empêchait pas les femmes de jouir de rôles politiques et sociaux importants dans bon nombre de ces sociétés. L’histoire de la plupart des peuples autochtones avant et peu après la colonisation de l’Amérique du Nord fournit de nombreux exemples de cet égalitarisme ou de cette parité. Par exemple, dans la société Haudenosaunee, les rôles économiques et politiques étaient répartis entre les hommes et les femmes, les premiers étant responsables de la chasse, de la guerre et des affaires extérieures, les secondes de l’agriculture, de l’éducation des enfants et des affaires intérieures. Dans les communautés plus hiérarchisées et stratifiées des Salishs de la Côte, autour de la mer Salish, un système de relations de propriété et de parenté élargie permettait aux femmes comme aux hommes d’avoir une influence, des richesses et un statut important.

Alors que les conceptions non-marxistes de l’oppression des femmes postulent qu’elle découle directement de la biologie et de cette première division sexuelle du travail, nous considérons qu’il s’agit plutôt de la division sociale du travail, et donc de l’émergence de la propriété privée, qui a entraîné la « défaite historique mondiale » des femmes, qui ont ainsi perdu leur statut social et sont tombées sous le joug d’une oppression patriarcale qui allait perdurer, sous diverses formes, pendant des millénaires. À mesure que la production s’est développée au point de permettre l’accumulation de surplus, la conduite de guerres et l’asservissement de groupes extérieurs pour les mettre au travail et générer davantage de surplus, la tendance générale s’est orientée vers le renversement du droit maternel au profit du patriarcat. Les femmes ont ainsi été réduites à leur rôle reproductif et considérées comme des biens, un moyen d’assurer une descendance à qui léguer son patrimoine.
Le patriarcat et la famille patriarcale, qui apparaissent à peu près au même moment que les premières sociétés de classes, prendront diverses formes au gré des changements dans les modes de production et en fonction des conditions locales dans la myriade de sociétés humaines qui ont existé entre l’émergence de la propriété privée et aujourd’hui. Au cours de cette histoire, il y a eu des moments où les femmes jouissaient d’une plus ou moins grande liberté ou influence politique, des variations qui sont également façonnées par la classe sociale. Par exemple, une patricienne romaine, bien qu’exclue des sphères officielles du pouvoir, pouvait à certains moments jouir d’une réelle importance politique, contrairement à une femme esclave traitée comme un bien mobilier. Une femme de la classe ouvrière dans l’Europe du XIXe siècle ne vivait pas dans les mêmes conditions qu’une paysanne en Amérique latine aujourd’hui. Le point commun, cependant, est la structure familiale patriarcale et la division sociale du travail.
2 – Le capitalisme et l’oppression des femmes
Au début de son développement, le capitalisme a intégré les femmes dans la production sociale à grande échelle dans les secteurs manufacturier et industriel. Cela était nécessaire à la fois parce que la production industrielle à grande échelle rendait largement superflu le travail des femmes dans la production de valeurs d’usage au sein du foyer2, mais aussi parce que la maximisation du nombre de travailleurs sur le marché pouvait contribuer à exercer une pression à la baisse sur les salaires. Il s’agissait là d’un changement important, car jusqu’alors, les femmes de la classe supérieure avaient pour tâche première d’assurer la succession en donnant des enfants à leurs maris, et les femmes des classes populaires, bien que généralement actives, le faisaient dans le cadre d’une économie largement domestique (à la maison, à la ferme, etc.). Cependant, tout en faisant des femmes une nouvelle source de main-d’œuvre moins coûteuse, le capitalisme ne les a pas libérées. Au contraire, il a renforcé la famille bourgeoise tout en exerçant une pression énorme sur la famille prolétarienne.
La situation générale des femmes sous le capitalisme entraîne donc l’ajout d’une exploitation de leur travail salarié à leur oppression déjà existante. Cependant, elle englobe une série de contradictions : entre la famille patriarcale et la structure de la société libérale bourgeoise ; entre le statut opprimé des femmes et leur nouveau rôle en tant que travailleuses individuelles et/ou capitalistes ; et entre le rôle des femmes en matière de reproduction et leur rôle en tant que travailleuses productives. Ces contradictions et la lutte active pour les résoudre constituent la base de la libération complète des femmes à long terme.
C’est pourquoi, depuis que Marx et Engels ont pour la première fois appliqué une analyse scientifique socialiste à ces questions, les conditions d’existence pratiques des femmes ont connu des changements considérables, mais toujours incomplets. À mesure que toutes les formes de travail ont été de plus en plus intégrées dans le domaine du capital, le travail que les femmes effectuaient auparavant à la maison a été largement marchandé et introduit sur le marché, ce qui a entraîné l’intégration d’un nombre croissant de femmes dans les rangs de la classe ouvrière. Les mouvements populaires des femmes, dont beaucoup étaient dirigés par des femmes socialistes et révolutionnaires, ont lutté pour obtenir l’émancipation juridique totale et l’ont obtenue dans une grande partie du monde au cours du dernier siècle. Cela a permis aux femmes de la classe dirigeante de devenir non seulement les épouses de capitalistes, mais aussi des capitalistes elles-mêmes, non seulement les épouses de politiciens, mais aussi des politiciennes elles-mêmes, etc. Cela constitue en soi une rupture radicale avec des millénaires d’oppression profonde. Au sein des classes populaires, et en premier lieu de la classe ouvrière, les femmes ont joué un rôle de plus en plus important dans la lutte pour leurs propres droits en tant que femmes et pour l’émancipation de la classe dans son ensemble.
Cependant, si le capitalisme a mis en place plusieurs conditions nécessaires à la libération totale des femmes, il s’est non seulement révélé incapable d’aller jusqu’au bout, mais il a également aggravé l’exploitation des femmes et, dans certains cas, intensifié leur oppression sous des formes nouvelles. Parmi ces formes d’oppression des femmes, on peut citer les suivantes :
1. Dans le monde entier, la grande majorité des femmes, qu’elles soient ouvrières ou paysannes, sont soumises à une exploitation qui ne cesse de s’aggraver à mesure que le capitalisme-impérialisme s’enfonce dans la crise.
2. Dans tout le monde semi-féodal et semi-colonial, les relations patriarcales traditionnelles persistent et contraignent la vie de centaines de millions de femmes3.
3. Dans les pays capitalistes-impérialistes, les vestiges de ces anciennes relations patriarcales coexistent avec de nouvelles formes de sexisme et d’oppression qui découlent de la dynamique et des impératifs contemporains de la société bourgeoise et de ses relations sociales.
4. Dans les pays capitalistes-impérialistes, les femmes sont toujours contraintes par la structure de la famille bourgeoise. Les compromis mis en place par l’État bourgeois (sous la pression du prolétariat) pour atténuer la contradiction entre le rôle des femmes au sein de la famille et leur rôle en tant que travailleuses sont constamment menacés, et on voit le démantèlement des services publics et de nombreuses autres concessions faites aux masses populaires à l’apogée du pouvoir socialiste dans le monde (dans la période de l’après-guerre).
Par conséquent, si le capitalisme a préparé le terrain pour la libération totale des femmes, leur situation reste dangereusement précaire. Nous devons nous garder à la fois de tenter mécaniquement de présenter la situation des femmes dans les sociétés capitalistes comme stagnante, en nous appuyant sur des données dépassées et donc sur des méthodes d’intervention dépassées dans ce domaine, et de crier victoire trop tôt en négligeant l’oppression réelle des femmes sous ses formes contemporaines. Une lutte constante est nécessaire pour empêcher que les droits durement acquis par les femmes ne soient remis en cause, alors même qu’il reste beaucoup à conquérir. Les derniers coups contre l’oppression des femmes ne seront portés que sous le socialisme, non pas comme une victoire assurée et automatique, mais uniquement par la poursuite de la lutte et par la révolution culturelle4.
3 – Les femmes au Canada
Nous avons examiné à grands traits le point de vue communiste sur l’oppression des femmes, son origine et son évolution sous le capitalisme ; nous devons maintenant nous concentrer sur la situation dans notre propre pays. Ci-dessus, nous avons identifié quatre situations qui montrent comment le capitalisme se trouve incapable d’assumer la libération des femmes. Nous allons maintenant examiner comment ces quatre volets de l’exploitation et de l’oppression capitalistes se manifestent au Canada.
3.1 – Les femmes en tant que travailleuses
Bien que cela puisse sembler contre-intuitif pour ceux qui souhaitent examiner l’oppression des femmes de manière isolée, comme un « système d’oppression » distinct plutôt que comme une caractéristique inhérente au mode de production capitaliste, déterminée en partie par l’héritage des modes de production antérieurs, la principale contradiction qui touche aujourd’hui les femmes prolétaires dans notre pays est celle qui oppose le capital et le travail.
En mai 2024, le taux d’activité des femmes au Canada était de 61,3 %5, avec un taux d’emploi réel de 57,6 %. Ces pourcentages concernent l’ensemble de la population âgée de plus de 15 ans. Si l’on se concentre sur les femmes âgées de 25 à 54 ans, qui constituent le groupe d’âge actif principal, on constate un taux d’activité de 85 % et un taux d’emploi de 80,6 %, ce qui indique qu’une grande partie des 38,7 % des femmes qui ne sont pas intégrées au marché du travail sont des jeunes, des étudiantes et des personnes âgées. Il existe toutefois un écart entre les hommes et les femmes en termes de participation au marché du travail : les taux de participation et d’emploi des hommes âgés de 25 à 54 ans étant respectivement de 92,1 % et 87,1 %, avec un écart similaire dans la population générale âgée de plus de 15 ans. Néanmoins, ces chiffres montrent que les femmes représentent une part importante de la main-d’œuvre du pays.
De plus, ce chiffre n’a cessé d’augmenter au cours des dernières décennies. En mai 1977, le taux d’activité des femmes âgées de 25 à 54 ans n’était que de 53,8 %. En 1953, il était deux fois moins élevé, à 23,5 %, tandis que 95,9 % des hommes de cette tranche d’âge participaient au marché du travail. L’évolution du rôle des femmes dans la société capitaliste est évidente.
Bien sûr, ces statistiques générales ne nous fournissent pas une analyse de classe des femmes au Canada. Ce texte général du Comité central n’est pas non plus le lieu approprié pour mener une telle analyse de manière détaillée. Nous nous contenterons pour l’instant de souligner que la majorité de la population canadienne est prolétaire, comme nous l’avons démontré dans le programme de notre parti, et que cela est encore plus vrai pour les femmes au sein de la main-d’œuvre canadienne.
Par ailleurs, les femmes prolétaires, en tant que secteur de la classe ouvrière, diffèrent des hommes. Elles sont sous-représentées dans certaines branches de l’industrie et surreprésentées dans d’autres. Les femmes sont sous-représentées dans le secteur productif. Il faut toutefois être prudent avec cette affirmation. Elle n’implique en aucun cas qu’il n’y a pas un nombre important de femmes dans certaines industries productives, ou que ces femmes ne constituent pas un élément central du groupe des femmes prolétaires. L’écart entre les sexes varie considérablement selon le secteur d’activité, le poste occupé au sein d’un secteur donné, la position sur la chaîne de production dans un même lieu de travail, etc. Par exemple, en 2023, 272 100 femmes étaient employées dans la fabrication de biens non durables, contre 438 300 hommes. Il s’agit à la fois d’un nombre absolu important et d’une différence de pourcentage considérable6.

L’enquête sociale et l’analyse de classe (ESAC) nous permettent de mieux comprendre cette situation. Des camarades ont rapporté des exemples tels qu’une usine qui emploie principalement des femmes pour fabriquer des câbles électriques pour les véhicules électriques. Dans la même ville, ils signalent une usine qui emploie 1400 travailleurs pour produire des camions, où environ la moitié de la main-d’œuvre dans l’atelier est composée de femmes. Nous savons grâce à notre ESAC que dans certains secteurs manufacturiers, les femmes sont généralement surreprésentées : production alimentaire, textile, etc.
La sous-représentation (relative) des femmes dans les industries manufacturières et extractives est également compensée par leur surreprésentation dans l’éducation et la santé, deux secteurs que nous avons identifiés comme essentiels selon le concept de centralité ouvrière présent dans notre programme politique. Bien qu’ils ne soient pas productifs au sens strict de l’économie marxiste, ces deux secteurs sont stratégiques, à la fois parce qu’ils jouent un rôle crucial dans le fonctionnement de notre société et parce qu’ils comprennent des lieux de travail à grande échelle, aussi grands, sinon plus grands (dans le cas des mégas-hôpitaux, par exemple) que les plus grandes usines. Ces concentrations massives de prolétaires sont une cible naturelle pour l’activité communiste.
Un autre fait crucial concernant les femmes prolétaires est leur situation par rapport aux syndicats. Si, en termes absolus, les femmes sont plus souvent syndiquées que les hommes, cela résulte simplement de leur représentation relativement plus importante dans le secteur public. Le problème est qu’une partie importante de ces syndicats ne représente pas des ouvriers, mais plutôt des secteurs de la petite bourgeoisie (cols blancs, bureaucrates de divers types, professionnels de l’enseignement supérieur, etc.).
Dans le secteur privé, les femmes sont en revanche sous-syndiquées, avec un taux d’adhésion syndicale de 10,4 % contre 15,2 % pour les hommes. Cela s’explique en partie par l’incapacité ou le refus des grands syndicats de mener des campagnes sérieuses pour syndiquer de nouvelles shops. Dans l’industrie légère, où les femmes sont beaucoup plus présentes que dans l’industrie lourde, de nombreuses entreprises anciennes et syndiquées ont fermé leurs portes au cours des dernières décennies en réponse aux changements de l’économie mondiale et en particulier aux accords de libre-échange tels que l’ALÉNA, qui ont rendu plus difficile la réalisation de profits dans les industries à forte intensité de main-d’œuvre (plutôt qu’à forte intensité de capital) dans les pays capitalistes-impérialistes avancés. Cela ne signifie pas que ces industries ont complètement disparu ! En fait, ces entreprises « traditionnelles » ont été remplacées par de nouvelles compagnies qui privilégient la forme « d’ateliers clandestins » qui embauchent un grand nombre d’immigrants prolétaires, dont beaucoup de femmes. Même si les conditions objectives dans ces lieux de travail sont favorables à la lutte, le manque de combativité des syndicats aujourd’hui a fait que, jusqu’à présent, peu d’entre eux ont été syndiqués.
En même temps, et malgré leurs cris d’adhésion au féminisme bourgeois-libéral (voire au féminisme « radical »), les syndicats actuels ont tendance à être principalement dirigés par des hommes, même dans les lieux de travail où règne l’égalité des sexes et même dans les endroits où les femmes constituent la majorité de la main-d’œuvre. Selon une enquête sommaire menée par certains de nos camarades, cela semble être vrai à tous les niveaux de l’appareil syndical, de la base jusqu’aux échelons supérieurs de la bureaucratie syndicale. De plus, même si les femmes sont présentes et actives dans la direction des syndicats, il s’agit le plus souvent de professionnelles ou d’intellectuelles comme mentionnées, qui agissent comme des aristocrates ouvrières au lieu de s’atteler à la tâche d’organiser la masse des femmes prolétaires.
Il y a donc beaucoup à faire pour lutter à la fois pour une plus grande participation des femmes dans les syndicats, et pour organiser et mobiliser les travailleuses qui ne sont pas encore syndiquées, en particulier dans l’industrie légère. Cela ne doit toutefois jamais se faire dans le cadre d’une politique identitaire (du type « visages féminins aux postes élevés »), mais plutôt dans le cadre de la centralité ouvrière et en incitant un grand nombre de travailleuses exploitées à s’engager dans la lutte de classe organisée (parce que « les femmes soutiennent la moitié du ciel »). Si nous adoptons la première approche, nous risquons de favoriser les militantes petites-bourgeoises au détriment des prolétaires, ce qui réduirait la combativité et la mobilisation au lieu de les renforcer. Dans le même temps, nous devons être conscients du fait que des femmes ayant du leadership peuvent se manifester différemment des hommes leaders dans les luttes de la classe ouvrière. Notre parti doit être ouvert à identifier des types variés de leaders de masses pour l’entraînement, le développement et le recrutement, avec une sensibilité pour la position de classe, le dévouement et la capacité d’atteindre d’autres gens comme critères principaux, à l’opposé d’une simple considération pour la capacité à faire du bruit (bien que celle-ci ne soit pas exclue).
Au-delà de la présence plus ou moins importante des femmes dans divers secteurs et milieux de travail, voire dans les syndicats, aucune approche communiste visant à organiser les travailleuses ne serait complète sans tenir compte des luttes et des problèmes spécifiques auxquels les femmes sont confrontées au travail. Ces questions sectorielles, trop souvent négligées, sont l’une des clés pour réussir à impliquer les femmes dans le mouvement ouvrier au sens large. Les révolutionnaires doivent leur accorder une attention particulière. Bien que nous ne puissions pas entrer dans les détails de chaque problème auquel les femmes sont confrontées sur leur lieu de travail (c’est une question que la ligne de masse doit résoudre dans chaque situation particulière), nous voulons en donner quelques exemples.
Le problème sectoriel le plus grave pour les femmes sur leur lieu de travail se présente sous la forme de viols, d’agressions sexuelles et de harcèlement sexuel. Ces formes d’oppression et de dégradation sexistes peuvent prendre des proportions dramatiques, notamment en raison de la relation totalement inégale entre les patrons et les travailleuses, qui peut être aggravée dans le cas des travailleuses temporaires étrangères ou d’autres travailleuses dont le statut d’immigration est précaire. Nos camarades ont déjà été confrontés à de tels cas dans le cadre de notre travail d’organisation des masses, malgré l’échelle relativement modeste et le stade précoce de l’intervention de notre Parti dans les luttes sur le lieu de travail. Nos camarades ont vu des travailleuses dénoncer des viols ou des agressions commises par des gestionnaires. Elles ont été ignorées, alors que certains de ces mêmes gestionnaires ont parfois obtenu une promotion. Nous n’éliminerons pas la violence sexuelle sur le lieu de travail par de simples plaintes formelles déposées auprès de syndicats bureaucratisés ! Seules des organisations ouvrières fortes et combatives, prêtes à prendre des mesures extrajudiciaires lorsque nécessaire, peuvent atténuer, et à terme éliminer, cette forme brutale d’oppression, en particulier si les travailleuses sont impliquées dans l’organisation sur le lieu de travail, à la fois en tant que militantes de base proactives, et en tant que leaders et organisatrices.
Le rôle des femmes dans l’éducation et la mise au monde des enfants soulève également des enjeux sectoriels. Schématiquement, cela signifie que le rôle subordonné des femmes dans la famille, qui précède le capitalisme, entre en contradiction avec l’égalité formelle promue par le libéralisme bourgeois et le rôle des femmes en tant que prolétaires. Malgré les protections juridiques mises en place pour les femmes enceintes et les congés de maternité prescrits par la loi ou négociés par les syndicats au Canada, de nombreux employeurs sont encore suffisamment confiants dans leur pouvoir pour licencier (souvent de manière déguisée) les femmes avant, pendant ou juste après, leurs congés de maternité. L’une des causes de cette situation est le fait que de nombreuses femmes travaillent dans des entreprises non syndiquées du secteur de l’industrie légère, des agences d’intérim ou d’autres entreprises peu scrupuleuses. Plusieurs femmes prolétaires ne connaissent pas leurs droits ou ne disposent pas des ressources nécessaires pour lutter afin de les faire respecter. De même, les femmes qui ont des enfants peuvent faire l’objet de mesures disciplinaires ou être licenciées pour absences trop fréquentes, ou peuvent avoir des difficultés à trouver un emploi, car de nombreux patrons sont réticents à embaucher des personnes ayant des enfants en bas âge.
La plupart des employeurs ne reconnaissent pas les structures familiales qui ne correspondent pas au modèle bourgeois de la famille nucléaire. Par conséquent, les rares protections dont bénéficient les parents biologiques (comme la possibilité de prendre un jour de congé si leur enfant est malade) ne sont pas accessibles aux autres aidants. Les femmes qui ont des obligations familiales élargies – courantes dans les communautés immigrées et autochtones, ainsi que dans de nombreuses familles prolétaires – peuvent être amenées à choisir entre fournir les soins nécessaires ou assurer les revenus nécessaires et, dans le pire des cas, risquer leur emploi pour remplir leurs obligations familiales.
Comme nous l’avons déjà indiqué, les travailleuses sont confrontées à de nombreux autres problèmes sectoriels sur leur lieu de travail. Tous les membres et sympathisants du parti doivent être conscients de ces problèmes sectoriels et ne jamais sous-estimer leur importance dans les luttes sur le lieu de travail. Ceci serait faire preuve d’un « économisme étroit » (par opposition à la définition tiers-mondiste de l’économisme comme étant « organiser des ouvriers en général »).
3.2 – La famille et l’État
Nous avons déjà souligné le rôle des femmes dans la reproduction et leur confinement historique à la sphère domestique dans les formations sociales précapitalistes7. Nous avons également indiqué que le rôle des femmes au sein de la famille, qui a partiellement survécu à la l’affirmation de l’égalité bourgeoise formelle des sexes, les place souvent dans des positions vulnérables sur le lieu de travail, les poussant vers l’armée de réserve du travail ou limitant leur stabilité professionnelle, en dépréciant leur salaire. La contradiction entre le rôle des femmes dans la famille et leur rôle en tant qu’ouvrières sous le capitalisme reste importante.
Depuis les débuts du capitalisme industriel, les ouvrières ont mené des luttes pour résoudre cette contradiction. Les méthodes pour y parvenir sont bien connues, et le sont depuis plus d’un siècle maintenant, car ce sont les mêmes que celles que les femmes bolchéviques ont défendues et mises en œuvre, par l’intermédiaire de leur parti, après la Révolution d’Octobre. L’égalité formelle, qui était alors refusée par la bourgeoisie même dans les États bourgeois démocratiques les plus avancés (mais qui a depuis été obtenue dans ces États), était certainement un élément nécessaire à la solution. Elle n’était cependant pas une solution suffisante, ni même l’élément principal d’une solution complète. La solution doit également, et surtout, inclure des dispositions pour la collectivisation de l’éducation des enfants, ainsi que des droits garantis et concrets pour la maternité. L’élimination de la recherche du profit contribue grandement à résoudre cette contradiction, tout comme le droit pratique à l’emploi et aux nécessités de la vie.
Au Canada, ces solutions ont été (partiellement) imposées à l’État par la lutte de la classe ouvrière, et en particulier par les luttes des femmes de la classe ouvrière. Elles ont pris la forme du congé de maternité et, au Québec, des garderies publiques (les CPE). Il faut bien comprendre que ces avancées ne sont pas des cadeaux de la bourgeoisie, ni le simple résultat des revendications des femmes bourgeoises et petites-bourgeoises. La menace d’un nombre croissant et toujours mieux organisé d’ouvrières a contraint l’État à tenter de préserver la paix sociale. Au Québec, une section importante de l’activité du deuxième mouvement de construction du parti s’est concentrée sur les revendications (et la création) de services de garde collectifs ou publics. Ces actions ont constitué une part importante de l’activité des organisations marxistes-léninistes. Ainsi, l’équilibre des forces entre la bourgeoisie et le prolétariat a directement conduit à des mesures qui ont permis aux femmes de travailler et d’être mères si elles le souhaitent.



Cependant, cet équilibre des forces n’a pas, en soi, rectifié la situation des femmes prolétaires qui ont été confrontées à la répression étatique la plus directe en matière de capacités reproductives et de droit d’élever des enfants : les femmes autochtones. La pratique des « alertes à la naissance » dans les hôpitaux, qui signalent les nouveau-nés susceptibles d’être pris en charge par l’État à l’insu de leur mère ou de leurs parents – visant de manière disproportionnée les bébés autochtones – n’a pris fin dans toutes les provinces que très récemment8. Mais le vol des enfants autochtones se poursuit à un rythme soutenu : en 2021, 53,7 % des enfants placés en famille d’accueil étaient autochtones, alors que les enfants autochtones ne représentent que 7,7 % de tous les enfants de moins de 15 ans au Canada9. Ces statistiques n’incluent pas les enfants placés en institution. La province du Manitoba affiche le taux le plus élevé d’enfants autochtones dans le système de familles d’accueil, avec un chiffre choquant de 91 % de tous les enfants pris en charge en 202510. Et un rapport du Sénat de 2019 a reconnu la pratique continue, vieille de près de 100 ans, de la stérilisation forcée qui a également touché de manière disproportionnée les femmes autochtones11. Des décennies d’activisme autochtone ont permis des réformes et des améliorations progressives de ces politiques conçues par l’État, qui résultent de la contradiction coloniale persistante entre les nations autochtones et l’État canadien.
Cependant, même lorsque les politiques officielles sont modifiées dans les textes, les inégalités économiques et politiques sous-jacentes entre les nations autochtones et l’État canadien continuent d’entraîner la destruction de nombreuses familles autochtones et l’oppression des femmes autochtones. Ces inégalités trouvent leur fondement dans le système économique capitaliste, et la libération totale des femmes autochtones, ainsi que de tous les peuples et nations autochtones, passe donc par l’abolition totale du mode de production capitaliste. Les intérêts de la grande majorité des femmes autochtones s’alignent avec les objectifs des organisations révolutionnaires et des mouvements prolétariens progressistes qui se sont battus avec acharnement pour modifier l’équilibre des forces contre la bourgeoisie, obtenant des concessions au cours du XXe siècle.
Malheureusement, de nos jours, cet équilibre des forces a radicalement changé. L’effondrement d’une grande partie du mouvement communiste international à partir de la fin des années 1970 et tout au long des années 1980, qui a ouvert la voie à la pacification des syndicats et à l’offensive économique généralisée de la bourgeoisie impérialiste contre les masses, a laissé les travailleuses beaucoup moins bien défendues contre les coupes dans les programmes sociaux qui atténuaient la contradiction entre leur vie professionnelle et leur vie familiale. En même temps, la bourgeoisie est poussée, en raison de l’aggravation de la crise du capitalisme et de l’intensification de la concurrence inter-impérialiste, à réduire autant que possible les coûts de reproduction. Elle est également poussée par la logique interne du capitalisme à intégrer autant de secteurs économiques que possible dans le marché afin de les transformer en actifs privés. De plus, les femmes bourgeoises ne sont pas vraiment incitées à s’opposer à cela, car au lieu de recourir à des services collectifs et socialisés de garde d’enfants et de congés de maternité, elles peuvent compter sur leurs fonds privés et sur le travail des classes populaires, dont une grande partie sont des femmes – les gardiennes d’enfants ou les femmes de ménage immigrantes – pour se protéger de cette contradiction qui s’accentue.
Nous pouvons ainsi constater que l’affaiblissement des services publics de soins de santé, de garde d’enfants et d’autres programmes sociaux constitue un objectif majeur de la classe dirigeante dans les pays capitalistes avancés, et que les forces sociales qui pourraient combattre et défendre les droits concrets des travailleuses sont faibles, désunies et désarmées. Le (N)PCC doit renforcer la capacité de lutte de la classe ouvrière dans son ensemble, et des ouvrières en particulier, afin de contrebalancer cette tendance profonde, tout en luttant pour un monde socialiste où la dictature du prolétariat garantira les droits des femmes prolétaires, des enfants et des familles de la classe ouvrière12.
Lorsqu’on parle de la famille, il faut également souligner que la bourgeoisie des pays capitalistes-impérialistes avancés à travers le monde est confrontée à un défi majeur en raison de la baisse des taux de fécondité13. Au Canada, entre 1921 et le milieu des années 1960, le taux de fécondité n’est jamais descendu en dessous de 3,0, sauf (momentanément) à la fin de la Grande Dépression et pendant les années de guerre. Dans les années 1970, qui ont vu à la fois la dissolution rapide des lois et des normes patriarcales héritées de l’époque précapitaliste, avec la légalisation de la contraception et de l’avortement, et des changements culturels massifs vers une plus grande égalité pour les femmes, ce taux est tombé en dessous de 2,0 – le taux minimal nécessaire au « renouvellement des cohortes », c’est-à-dire au maintien d’une structure d’âge équilibrée de la société.
Ce taux a continué à diminuer lentement mais sûrement, et se rapproche désormais de 1,014. Cela entraîne une augmentation de l’âge moyen de la population du pays. Cette situation est préoccupante pour les classes dirigeantes, car un nombre élevé de jeunes est nécessaire pour maintenir et augmenter la main-d’œuvre disponible, ainsi que pour préserver la puissance militaire du pays, cruciale pour la concurrence inter-impérialiste, pour combattre les menaces internes (le prolétariat organisé, les nations opprimées) et pour contrôler les pays sous influence impérialiste.
Face à la baisse des taux de fécondité, les classes dirigeantes des puissances impérialistes occidentales ont adopté deux stratégies différentes. D’une part, elles ont tenté, dans certains endroits, de revenir en arrière en matière d’égalité formelle en recriminalisant l’avortement ou la contraception et en soutenant la famille patriarcale traditionnelle15. C’est ce que la bourgeoisie américaine tente de faire aujourd’hui. Dans d’autres pays, comme le Canada, la bourgeoisie s’appuie de plus en plus sur l’immigration pour fourbir les rangs de sa classe ouvrière. Il s’agit toutefois d’une solution temporaire, car une fois que les femmes immigrées s’installent au Canada, leur taux de fécondité chute rapidement à des niveaux comparables à la moyenne nationale, puisqu’elles ne se trouvent plus dans les conditions semi-féodales qui soutenaient leur taux de fécondité au départ.
Cependant, le changement radical de la politique d’immigration initié par Justin Trudeau à la fin de son mandat, au début de l’année 2025, a entraîné une réduction considérable du nombre de nouveaux arrivants au Canada et un durcissement des critères d’obtention de la résidence permanente, renforcé par le nouveau Premier ministre Mark Carney. Depuis, on assiste à une diminution rapide du flux de main-d’œuvre importée et bon marché qui, historiquement, compensait le faible taux de fécondité du Canada et servait de ballast pour empêcher l’économie canadienne de stagner et de sombrer dans la récession16.
Alors, que se passe-t-il dans les pays capitalistes-impérialistes ? Notre hypothèse est qu’en émoussant son bâton traditionnel (les relations patriarcales, qui sont en tension avec la société libérale-bourgeoise), la bourgeoisie cesse de forcer les gens à avoir des enfants. En soi, c’est une bonne chose. Cependant, les capitalistes n’ont pas de carotte : leurs moyens d’encourager positivement les femmes qui souhaitent avoir des enfants à en avoir sont sévèrement limités par la recherche du profit. Comme nous l’avons vu, les programmes limités qui existent pour protéger les travailleuses, leur accorder des congés de maternité et des services de garde d’enfants sont constamment menacés. Les gens n’ont tout simplement « pas les moyens » d’avoir des enfants. Une société socialiste, en reconnaissant la maternité et l’éducation des enfants comme des activités sociales à part entière, en garantissant les emplois, les revenus et les nécessités de la vie aux classes ouvrières, en socialisant et en collectivisant la garde des enfants et en développant l’éducation des enfants, encouragerait sans aucun doute les personnes qui le souhaitent à avoir des enfants par choix, sans coercition patriarcale. En revanche, les mesures bourgeoises de droite visant à augmenter le taux de fécondité sont tout simplement horribles, tendant vers la maternité forcée et la violence sexuelle.
Enfin, nous devons tracer une ligne de démarcation avec une certaine tendance de la gauche militante qui réclame à grands cris « l’abolition de la famille ». Certes, la question de l’abolition de la famille est ancienne dans le mouvement communiste (elle était déjà abordée dans Le manifeste communiste de Marx et Engels). Cependant, la conception queer-féministe et militante générale de l’abolition de la famille est totalement étrangère au prolétariat, sans parler des nations autochtones qui continuent de se battre pour conserver leurs familles et leurs enfants. Le but n’est pas de préserver une « famille ouvrière » idéale, avec des hommes portant des casques de chantier et des femmes avec beaucoup d’enfants, tous souriant joyeusement à la caméra. Le fait est que l’institution coercitive et dysfonctionnelle de la famille bourgeoise est une forme qui émerge historiquement et porte en elle les contradictions qui causent sa fracture interne, comme l’a souligné Marx en 1848. Mais les structures de parenté – ces relations culturelles, biologiques et choisies qui nous intègrent dans le tissu social de la vie – ne sont pas près de disparaître de la scène historique. Le socialisme portera le coup de grâce à la famille bourgeoise et permettra enfin aux structures de parenté de s’épanouir dans son sillage.
Ce qui achèvera la famille patriarcale ne sera pas la commune polyamoureuse queer, mais des mesures populaires, terre-à-terre, tel que des mesures permettant réellement le divorce, la répression de la violence conjugale, la garde d’enfants collectivisée, le droit au logement universel, le plein emploi, etc. Nous avons vu comment le capitalisme, dans les pays impérialistes, a tendu vers ces objectifs, et nous avons aussi vu les contradictions qu’il ne peut pas résoudre. C’est uniquement le socialisme, et la lutte prolétarienne même avant lui, qui permettra d’aller plus loin sur la route de la libération des femmes. Lorsque la gauche activiste réclame l’abolition de la famille, elle échoue à proposer des mesures concrètes et révolutionnaires que la grande majorité de la classe ouvrière serait impatiente d’obtenir. Cela donne l’impression que les communistes veulent enlever votre grand-mère, vos enfants et votre partenaire. Cette incapacité à cadrer correctement l’agitation et la propagande autour des questions sectorielles relatives aux femmes est contre-productive, car elle peut facilement conduire les prolétaires, hommes et femmes confondus, dans les bras des pires réactionnaires, qui prétendent « protéger la famille », « sauver les enfants », etc. Nous devons être intransigeants dans nos mesures révolutionnaires en faveur de l’égalité des femmes et de leur pleine participation à la société. Mais pour mettre en œuvre ces mesures, nous avons également besoin de toute la puissance du prolétariat derrière nous.
3.3 – Vestiges patriarcaux
Durant le troisième mouvement de construction du parti, le PCR-RCP avait tendance à décrire l’oppression des femmes comme étant des « vestiges féodaux-patriarcaux ». Cette formulation visait à rendre compte théoriquement de l’oppression des femmes sans tomber dans la prétention féministe ahistorique selon laquelle une société où le chef de l’État, le chef des forces armées, de nombreux législateurs et de nombreux capitalistes importants sont des femmes peut être « patriarcale » au sens matérialiste et socio-économique du terme. Le concept de vestiges féodaux-patriarcaux implique que le patriarcat imprègne toujours la superstructure, même s’il n’a plus de base pour le soutenir.
Ceci n’est pas tout à fait faux. Nous avons vu plus haut que les relations patriarcales, qui sont nées en même temps que les relations de propriété en général, ont perduré pendant la majeure partie de l’histoire humaine écrite. Les idées, les institutions, les lois et les coutumes issues d’une si longue histoire de relations patriarcales matérielles et économiques ne peuvent disparaître complètement en quelques générations seulement. Nous avons également vu les limites pratiques auxquelles se heurte l’égalité des femmes dans les conditions capitalistes. Les vestiges patriarcaux sont donc une réalité au Canada aujourd’hui. Cependant, nous devons être clairs dans l’identification des vestiges féodaux-patriarcaux. Il est certain que le ministère des Femmes et de l’égalité des genres n’est pas un vestige féodal-patriarcal ! Les départements d’études des femmes financés par les fonds publics dans les universités ne le sont pas non plus. Alors, où se trouvent ces vestiges ?
Il est certain que de nombreuses formes de pensée sexiste et de nombreuses normes et coutumes sexistes sont, dans une certaine mesure, héritées de la période patriarcale précapitaliste. Il suffit de songer, par exemple, à un homme qui croit pouvoir battre « sa » femme pour la « maintenir dans le droit chemin ». Mais les sexistes individuels ne constituent pas en eux-mêmes une force sociale organisée, tout le sexisme ne découle pas des institutions sociales féodales. La principale force sociale qui maintient aujourd’hui les vestiges féodaux et patriarcaux se trouve dans la religion organisée.
Les institutions religieuses remontent jusqu’à la société pré-classiste ou aux débuts de la société de classes. Cependant, les premières formes de pensée religieuse n’étaient pas patriarcales, puisqu’elles étaient antérieures au patriarcat lui-même. Les religions contemporaines ont toutefois vu le jour dans des sociétés de classes anciennes. Les religions abrahamiques sont apparues dans différentes sociétés esclavagistes sur une période d’au moins mille ans. Elles ont profondément transformé ces sociétés. À mesure que les sociétés esclavagistes ont évolué vers des relations de production féodales, la superstructure religieuse s’est encore davantage enracinée. Tant dans la sphère culturelle chrétienne que dans la sphère culturelle islamique17, la religion est restée pendant plus d’un millénaire un verrou indestructible sur la conscience humaine, le meilleur outil de l’esclavage et du féodalisme pour maintenir les masses paysannes et les petits artisans dans la soumission.
Au cours de cette période, certains philosophes, scientifiques et autres penseurs ont commencé à formuler des critiques, au moins partielles, du dogme religieux (dans la mesure où leur étude du fonctionnement de la réalité leur permettait de le faire), mais ces critiques n’ont jamais pu être popularisées en raison de l’existence persistante d’une base sociale féodale, de l’enracinement du clergé (qui était l’allié le plus proche des différentes aristocraties)18 et du niveau relativement faible des connaissances scientifiques. La religion était si omniprésente que même la lutte révolutionnaire contre l’ordre établi s’est revêtue de ses atours, comme dans le cas de la guerre des paysans allemands de 1524-1525, menée par le pasteur anabaptiste Thomas Muntzer sous le slogan « Omnia sunt communia » (en français : « Tout est commun »). Même les rébellions du XIXe siècle, comme la rébellion armée de l’esclave et prédicateur Nat Turner contre l’esclavage aux États-Unis en 1831 ou le mouvement de résistance nationale des Métis mené par Louis Riel plus tard dans le siècle, étaient imprégnées de diverses formes de christianisme.
Ayant évolué avec l’esclavage et le féodalisme, la religion contemporaine porte en elle à la fois une justification idéologique des hiérarchies sociales, en particulier féodales19, et surtout une justification naturalisée, voire surnaturelle, de la discrimination sexuelle et du statut subordonné des femmes. Cela se traduit par des commandements explicites (« Femmes, soyez soumises à vos maris, comme au Seigneur », Éphésiens 5, 22), par des restrictions religieuses au divorce, parfois par l’autorisation de la polygamie (que ce soit dans l’islam ou dans le mormonisme) et par une théologie « différentialiste » plus ou moins subtile, qui prétend que cette institutionnalisation éternelle du modèle familial féodal n’est en fait pas du tout sexiste, mais reconnaît simplement les natures et les prérogatives prétendument différentes des hommes et des femmes. Dans ce cas, les soi-disant prérogatives des hommes étant, bien sûr, la production, la guerre et les affaires politiques, et celles des femmes se limitant aux affaires du foyer privé, à la procréation et à l’éducation des enfants.
Dans les principaux pays impérialistes, le capitalisme a subordonné la place de la religion dans la société à des degrés divers et en fonction des conditions locales. En France, par exemple, le choc violent d’une révolution bourgeoise rapide, le manque relatif d’adaptabilité du clergé catholique et les luttes anticléricales incessantes menées tout au long du XIXe siècle par les mouvements bourgeois-libéraux et socialistes ouvriers ont sérieusement érodé le pouvoir de l’idéologie religieuse. En Italie, cette érosion s’est produite dans une bien moindre mesure, en raison de conditions sociales plus arriérées et de sa position de cœur historique du catholicisme. Aux États-Unis, les forts courants libéraux-bourgeois déistes et libres-penseurs impliqués dans la construction initiale de la République ont été contrebalancés par les conditions sociales qui prévalaient. Par exemple, il y avait une nécessité pour les propriétaires d’esclaves de leur promettre une récompense dans l’au-delà, ce que la Bible, codifiée à l’époque romaine antique, pouvait très bien réussir. Il y a aussi eu un puissant mouvement revivaliste chrétien qui, bien que minoritaire, exerce encore aujourd’hui une grande influence sur la politique du pays.
Le Canada est, dans une certaine mesure, influencé par le revivalisme religieux américain, alors que certaines couches de la société restent attachées à des formes plus anciennes de religion européenne locale (les Églises anglicane, unie et catholique, dont l’influence a beaucoup diminué, mais qui jouissent encore de ressources matérielles considérables). La majorité de la population (63,2 %)20 s’identifie toujours comme « chrétienne », bien que plusieurs de ces « chrétiens » ne pratiquent pas activement leur religion et puissent avoir des croyances très peu orthodoxes. Le deuxième groupe le plus important, et en pleine croissance, est celui des personnes non religieuses ou sans affiliation (26,3 %), suivi de loin par les musulmans (3,7 %). Il ne faut pas sous-estimer le rôle de la religion au Canada, ni ignorer les différences régionales21. Malgré le décalage que peut représenter l’idéologie religieuse par rapport à l’ordre social bourgeois libéral existant et aux relations de production capitalistes, la religion évolue également pour rester pertinente et influente. Le changement progressif de certains membres du clergé qui accueillent les personnes LGBT dans leurs paroisses, d’une part, et certaines sectes chrétiennes qui encouragent le soutien aux guerres dans le monde post-11 septembre, d’autre part, en sont deux exemples contraires.
Dans les pays conquis et exploités par l’impérialisme, la survie des relations patriarcales semi-féodales comme base de l’exploitation capitaliste facilite la survie de la religion à une échelle encore plus grande. La pénétration des relations de production capitalistes dans tous les pays du monde tend à créer des situations contradictoires en ce qui concerne la condition des femmes dans de nombreux pays. Les constitutions libérales-bourgeoises et les femmes politiques et cheffes d’entreprise peuvent coexister avec l’achat et la vente d’épouses dans des villages reculés ; la physique nucléaire peut coexister avec les Écritures saintes. L’impérialisme transforme les anciennes idéologies féodales-patriarcales locales en outils pour protéger son pouvoir, de la même manière que la religion était utilisée pour maintenir les paysans en Europe et les esclaves en Amérique du Nord sur « le droit chemin ».
Comme nous l’avons vu, la bourgeoisie canadienne doit mener une politique d’immigration très proactive pour maintenir et augmenter la population du pays. Notre Programme souligne qu’en encourageant l’immigration, la classe dirigeante peut à la fois modifier l’équilibre autour de la question nationale22, et économiser sur les coûts liés à la garde d’enfants, aux soins de santé, à l’éducation et à la formation professionnelle en transférant ces coûts aux pays d’origine des travailleurs et des professionnels immigrés. Lorsque de grands groupes de personnes quittent des pays où l’idéologie féodale et patriarcale est encore forte pour s’installer au Canada, ils sont généralement suivis par leur clergé et cette idéologie reste active ici pendant au moins un certain temps. En l’absence d’un mouvement communiste fort capable de convaincre les travailleurs immigrés de lutter pour le pouvoir politique en tant que partie intégrante du prolétariat canadien multinational et multiethnique, les institutions religieuses deviennent souvent un lieu important d’autodéfense contre la persécution raciste et les difficultés plus générales de la vie prolétarienne, poussant ainsi les gens davantage dans les bras du clergé.
Cela signifie que nous ne pouvons pas totalement écarter la collaboration avec des organisations religieuses dans certains contextes. Cependant, nous ne devons absolument pas nous faire d’illusions quant à leur caractère réactionnaire. La jonction entre les fondamentalismes chrétien et musulman, par exemple, a donné lieu à la « Marche d’un million pour les enfants », un reflet massif des campagnes menées par certaines sections de la classe dirigeante et leurs représentants politiques contre les droits des personnes transgenres et, plus largement, contre l’éducation sexuelle dans les écoles à travers le pays23. La Marche nationale pour la vie, manifestation annuelle plus spécifiquement chrétienne qui se tient à Ottawa et qui est le principal événement anti-avortement du pays, est un autre exemple du pouvoir de la religion comme outil de mobilisation des populations pour défendre des politiques archaïques et sexistes. Si les mouvements religieux réactionnaires ne peuvent pas complètement inverser le cours de l’histoire (nous avons déjà vu que la base économique qui limitait les femmes à la sphère domestique a été détruite par le capitalisme), ils peuvent certainement causer d’énormes dégâts et beaucoup de souffrances en réduisant les droits démocratiques des femmes et d’autres secteurs de la population qui ont seulement commencé à jouir d’une liberté relative et limitée au cours des dernières décennies.
La religion ne sert pas seulement de vecteur à l’idéologie féodale et patriarcale dans le domaine des mobilisations de rue. Les modes de vie religieux et les normes patriarcales que ces modes de vie imposent généralement aux familles peuvent facilement enchaîner les femmes de la classe ouvrière au sein de la famille. Ils peuvent faciliter la violence domestique, empêcher les femmes d’exercer les libertés que la loi bourgeoise est censée leur garantir, les pousser à « rester dans la cuisine », les contraindre à des mariages indésirables et, surtout, les empêcher de participer à la vie politique et à la lutte de la classe ouvrière. À mesure que notre travail de masse s’intensifie, nous continuerons sans aucun doute à rencontrer des militantes prometteuses dont la croissance politique et la capacité à participer au mouvement sont limitées par les attentes religieuses et culturelles de leur famille. Il faut développer des outils pour contrer cette influence. Pour ce faire, le principal doit nécessairement être d’ancrer profondément le Parti dans de nombreuses communautés et de le rendre capable de rivaliser avec ces idéologies profondément enracinées.
Nous devons également souligner avec force que, même si les communautés immigrées relativement récentes peuvent apporter des idéologies féodales et patriarcales, nous ne pouvons céder aucun terrain à la rhétorique anti-immigration sur cette base. Premièrement, nous avons déjà vu que les réactionnaires religieux locaux n’ont jamais disparu et qu’ils jouent en fait un rôle déterminant dans les mobilisations religieuses anti-avortement, anti-trans et autres mobilisations traditionalistes. Deuxièmement, « les idées de la classe dominante sont, à chaque époque, les idées dominantes ». Le prolétariat international est sous l’influence des classes dominantes, tant impérialistes que compradores, et on lui enseigne les idées que ces classes trouvent utiles et commodes. Les communistes ne peuvent pas idéaliser la conscience spontanée du prolétariat multinational. Au contraire, ils doivent lutter sans relâche pour amener le prolétariat à reconnaître ses véritables intérêts, distincts de ceux promus par l’idéologie de la classe dominante. Enfin, si les personnes issues de pays semi-féodaux apportent des idées semi-féodales lorsqu’elles s’installent au Canada, celles issues de pays où la lutte des classes et la lutte contre l’impérialisme sont plus développées apportent également un niveau de conscience de classe plus élevé. Comme de nombreux pays exploités par l’impérialisme sont le théâtre de luttes de classes acharnées, parfois armées, les migrations en provenance de ces pays vers le Canada sont extrêmement bénéfiques pour le prolétariat canadien.
Au-delà de l’idéologie religieuse, les institutions étatiques et la loi peuvent porter en elles des vestiges de l’idéologie patriarcale. La vérité est qu’à ce stade de l’histoire, la grande majorité de ces vestiges juridiques et gouvernementaux de l’oppression des femmes ont été supprimés ou considérablement atténués. Par exemple, grâce à une longue lutte menée par les femmes autochtones, les dispositions de la Loi sur les Indiens qui liaient le statut d’une femme et celui de ses enfants à celui de son mari ont été progressivement abrogées, même si la loi continue de limiter la capacité de certaines femmes autochtones à transmettre leur statut à leurs enfants et à leurs descendants (entre autres restrictions sexistes), de sorte que des modifications continuent d’être proposées. Un autre domaine du droit qui comporte des implications féodales et patriarcales pratiques (mais non explicites)24 est celui du bien-être social, où la capacité d’une personne à bénéficier du programme est influencée par la situation financière de son conjoint, ce qui limite évidemment l’autonomie des femmes sans emploi qui sont en couple ou qui envisagent de le devenir. Les communistes doivent donc être attentifs aux vestiges juridiques non résolus du patriarcat, tout en reconnaissant que ces cas sont désormais relativement rares.
3.4 – Sexisme capitaliste et libération sexuelle
Notre divergence sur la question des « vestiges féodaux-patriarcaux » vis-à-vis la position du PCR-RCP réside dans le fait que nous ne limitons pas la question de l’oppression et de la libération des femmes à ces vestiges. Nous affirmons sans équivoque que le capitalisme crée diverses formes de sexisme et d’oppression des femmes à travers ses propres mécanismes internes. Alors que les formes précédentes de société de classes reposaient sur le lien entre les personnes à travers diverses formes de relations personnelles (homme et femme, seigneur féodal et serf, etc.), le capitalisme tend à reconnaître chaque personne comme un acteur individuel, libre de signer des contrats selon ses souhaits. C’est précisément cette conception qui permet à la relation entre l’employeur bourgeois et l’employé prolétaire d’émerger, et qui facilite l’accumulation non seulement de surplus, mais aussi de plus-value.
Le libéralisme culturel, quant à lui, s’est imposé comme l’une des configurations idéologiques et culturelles possibles du capitalisme (ce n’est toutefois pas la seule, comme nous commençons à le voir). Le libéralisme culturel fonctionne en partie en récupérant les revendications légitimes des secteurs marginalisés ou opprimés de la population, d’une manière inoffensive et favorable au capital. C’est ce qui s’est passé avec la libération sexuelle. Avant de devenir ce qu’il est aujourd’hui, l’amour libre était une revendication simple et cruciale visant à permettre à tous, et en particulier aux femmes, de jouir du choix et de la liberté dans leurs relations amoureuses et sexuelles. Au départ, c’était une réclamation pour avoir la possibilité de se mettre en couple indépendamment des pressions sociales et familiales, de se séparer quand les personnes le souhaitaient, etc. C’est dans ce sens que nous devons interpréter les propositions d’Alexandra Kollontaï. Lorsque la culture libérale a récupéré cette revendication, qui ne pouvait plus être facilement réprimée dans une société où les hommes et les femmes travaillaient, disposaient de leurs propres fonds et avaient les moyens matériels de décider où et comment vivre25, elle l’a fait sous le slogan de la « libération sexuelle » ou même de la « révolution sexuelle ».
Ce que la société bourgeoise a fait dans la pratique, c’est promouvoir une licence sexuelle marchandisée. Il est désormais évident que la « libération sexuelle » est loin d’être toujours libératrice. À bien des égards, elle a facilité la prédation sexuelle. Lorsqu’elle n’est pas allée jusqu’à ce niveau, elle a fait de la promiscuité sexuelle un signe de distinction et a créé des sous-cultures entières d’hommes cherchant à « draguer » autant de femmes que possible, ne les considérant pas comme des êtres humains, ni comme des camarades, mais comme des morceaux de viande à utiliser et à jeter. L’utilisation de la sexualité et du corps féminin comme stratagème de marketing s’est généralisée dans le monde entier. D’un autre côté, la jalousie des jeunes hommes sans succès sexuel, qui ont grandi en se voyant promettre qu’ils avaient droit au sexe, a alimenté le développement de la base sociale de la droite traditionaliste.

Les formes les plus graves d’oppression sexiste alimentées par le capitalisme sont la prostitution et la pornographie contemporaines. La prostitution existe depuis presque aussi longtemps que la société de classes, comme nous l’apprend l’étude de la Mésopotamie antique, la plus ancienne culture dont nous ayons connaissance et dont nous pouvons consulter les écrits et les archives. Cependant, pendant les premiers millénaires où existaient les sociétés de classes, la prostitution n’était qu’un complément à la famille patriarcale. Sous le capitalisme, elle prend des proportions sans précédent.
Au début du capitalisme, les « bordels » réglementés et enregistrés étaient largement acceptés comme une soupape sociale nécessaire. Le statut juridique de ces établissements a été révoqué au fil du temps, mais la prévalence des prétendus « salons de massage » et des clubs de strip-tease montre que la vente de services sexuels dans des établissements spécialisés est simplement passée d’une pratique encouragée à une pratique tolérée. Si la prostitution de rue reste une réalité pour les femmes les plus démunies et les plus marginalisées, les toxicomanes et les personnes en situation d’extrême pauvreté, l’Internet est désormais devenu le lieu privilégié du commerce du sexe. De nouvelles générations de parasites sociaux répugnants, proxénètes experts en technologie, recrutent de jeunes femmes séduites par la promesse d’argent, et les publicisent en ligne comme on le ferait d’un canapé d’occasion ou d’un vieux téléviseur.
En même temps, la prostitution apparaît à un petit nombre de femmes comme un moyen d’éviter le travail productif et comme un moyen facile de gagner de l’argent. Cela donne lieu à l’idée que la prostitution « donne du pouvoir » ou même qu’elle serait « libératrice ». Cette idée fausse pousse encore plus de personnes à entrer dans ce système. Le libéralisme culturel ne demande qu’à suivre le mouvement et à adopter le slogan « le travail du sexe est du travail ». Les organisations pro-prostitution sont financées par l’État capitaliste, alors que certains secteurs du domaine académique bourgeois adhèrent à la ligne favorable au « travail du sexe ». Par conséquent, celle-ci s’infiltre même dans une partie du mouvement socialiste légal et la gauche activiste.
Bien que le commerce du sexe demeure illégal ou dans une zone grise dans la plupart des pays, le capitalisme officiel n’a pas manqué d’en tirer profit de manière tout à fait ouverte. Depuis l’émergence de l’Internet en particulier, les plateformes qui facilitent non seulement la pornographie, mais aussi la prostitution sont devenues des entreprises très lucratives : l’industrie mondiale de la pornographie est estimée aujourd’hui à 100 milliards de dollars américains. De cette manière, les relations de production capitalistes contribuent à amplifier certaines formes spécifiques d’oppression des femmes.
Une autre manifestation de l’oppression des femmes au Canada est la prévalence beaucoup plus élevée des agressions sexuelles, des meurtres et des disparitions de femmes autochtones, ainsi que leur traite à des fins de prostitution. Le processus qui a débuté avec le vol des terres et qui se poursuit dans le capitalisme-impérialisme moderne, la misère économique et la vulnérabilité auxquelles sont confrontées les nations autochtones sont les conditions sous-jacentes qui sont à l’origine du phénomène des femmes autochtones disparues et assassinées. De plus, le racisme envers les femmes autochtones, surtout les pauvres, les présente comme jetables, encourageant les abus, les excès violents et les crimes les plus horribles contre elles, commis par des hommes26. La prévalence et la persistance de ce phénomène au Canada sont parmi les expressions les plus accablantes de l’oppression des femmes dans la société capitaliste-impérialiste contemporaine.

3.5 – Résumé
La position du Comité Central du (N)PCC sur l’oppression des femmes peut être résumée par les points clés suivants :
1. Le patriarcat, en tant que caractéristique économique et juridique des modes de production antérieurs, a été largement dissous par le développement du capitalisme, en particulier dans les pays capitalistes-impérialistes. Cependant, il subsiste dans de nombreux endroits à travers le monde, en particulier dans les pays semi-féodaux opprimés, et continue d’influencer la société capitaliste-impérialiste contemporaine au Canada également.
2. Le capitalisme tend à donner aux femmes des droits plus importants que ceux qui pouvaient exister dans la société précapitaliste, allant jusqu’à l’égalité totale devant la loi. Cependant, le capitalisme exploite et opprime les femmes de trois manières principales : premièrement, en transformant la grande majorité d’entre elles en prolétaires qui sont empêchées d’exercer le pouvoir politique et qui sont exploitées collectivement par la bourgeoisie ; deuxièmement, en ne parvenant pas à éliminer certaines manifestations de l’oppression séculaire des femmes au sein de la famille et à travers des caractéristiques féodales et patriarcales de la superstructure ; et troisièmement, en générant de nouvelles formes de sexisme et d’oppression des femmes selon sa propre logique axée sur le profit et son idéologie libérale.
3. Le principal ennemi des femmes prolétaires est le capitalisme lui-même. Les femmes prolétaires souffrent de l’exploitation capitaliste au même titre que tous les autres prolétaires, mais elles constituent également un secteur spécifique du prolétariat (le plus important) dans la mesure où elles sont confrontées à des formes spécifiques d’oppression et de discrimination sur leur lieu de travail et sur le marché du travail.
4. Un autre ennemi majeur des femmes prolétaires est l’État bourgeois. L’État est responsable du maintien des derniers vestiges du patriarcat dans la superstructure juridique. Plus important, il fournit des services publics qui permettent aux femmes de participer au marché du travail capitaliste, mais sa propre logique interne et son rôle d’instrument clé du pouvoir politique de la classe dirigeante le poussent à réduire constamment ces services. Comme ces services sont nés d’une concession bourgeoise à la lutte politique et économique des masses, seule une lutte active peut les restaurer. De plus, seules la destruction de l’État bourgeois et la construction du pouvoir étatique prolétarien permettront de résoudre la contradiction entre le rôle des femmes dans la famille et leur rôle en tant que travailleuses, grâce à la socialisation de la plupart des fonctions qui incombent actuellement aux femmes, et à la mise en place de conditions de travail dignes qui donnent aux gens le temps nécessaire pour entretenir des relations interpersonnelles significatives selon leurs propres choix.
5. Dans la lutte contre les vestiges féodaux-patriarcaux, les institutions religieuses sont les principales ennemies des femmes prolétariennes. Bien que les institutions religieuses puissent jouer un rôle variable et contradictoire dans la lutte des classes en général, en particulier chez les minorités nationales, personne ne peut nier que la religion est le principal moteur idéologique des mobilisations sexistes qui réclament le rétablissement des restrictions patriarcales sur les droits des femmes.
6. Enfin, les entreprises privées et diverses institutions libérales qui favorisent les formes spécifiquement capitalistes d’oppression des femmes (en particulier l’exploitation sexuelle sous toutes ses formes) sont également un ennemi clé des femmes prolétariennes. Ces entreprises et institutions contribuent à ancrer de nouvelles formes d’oppression des femmes dans la société et à dégrader la capacité de nombreux hommes à entretenir des relations respectueuses et saines avec les femmes. Elles contribuent également à induire les femmes en erreur en dissimulant l’oppression pour la faire passer pour son contraire, à savoir la libération.
Ces six points doivent orienter l’approche de notre Parti pour organiser les femmes prolétariennes, tant dans le cadre de leur organisation en tant que partie intégrante du prolétariat dans son ensemble, que lorsque nous intervenons dans leurs luttes sectorielles. En frappant des ennemis bien définis au lieu de transformer ces luttes en campagnes purement culturelles et idéologiques, nous nous rapprochons de l’égalité totale entre les sexes, une égalité qui doit être pratique et pas seulement juridique.
4 – L’analyse de classe, la stratégie du Parti et la question des femmes
Comment rendre opérationnelle notre ligne sur la question des femmes ? Pour identifier la bonne approche, nous devons d’abord tracer des lignes de démarcation contre les opinions erronées largement répandues. Il existe trois principales approches erronées que les communistes peuvent adopter lorsqu’ils tentent d’intervenir dans les luttes des femmes.
Tout d’abord, nous devons éviter l’erreur qui consiste à ignorer les femmes prolétariennes en tant que secteur distinct et crucial au sein du prolétariat. Du Jenotdel (département pour le travail auprès des femmes) bolchévique jusqu’à la mobilisation des femmes lors de la révolution chinoise, en passant par les guerres populaires maoïstes récentes (Pérou, Népal) et en cours (Philippines, Inde), aucune révolution prolétarienne n’a réussi sans toucher les larges masses de femmes prolétariennes et paysannes. La caractérisation anticommuniste des mouvements marxistes-léninistes et maoïstes comme s’intéressant peu ou pas aux luttes des femmes est manifestement fausse et anti-historique. Cependant, les partis et mouvements qui ont échoué ont parfois négligé de considérer les femmes prolétariennes comme les combattantes de classe cruciales qu’elles peuvent et doivent devenir lorsqu’elles s’engagent dans un véritable mouvement communiste révolutionnaire. Nous ne pouvons pas nous permettre de tomber dans ce piège.
Deuxièmement, nous devons affronter et rejeter la thèse postmoderne éclectique des « systèmes distincts d’oppression ». Considérer « le capitalisme, le patriarcat et le suprémacisme blanc » comme des « systèmes d’oppression » équivalents revient à ne pas saisir la contradiction principale dans le contexte national, à l’ère actuelle du capitalisme-impérialisme, ainsi que dans le contexte du mode de production capitaliste dans son ensemble. Si l’oppression des femmes et la discrimination sexuelle sont des caractéristiques persistantes de ce mode de production et des modes de production précédents, elles ne sont pas transhistoriques. Comme nous l’avons vu, leur forme actuelle est entièrement déterminée par le capitalisme et l’impérialisme, et elles peuvent être éliminées par la révolution prolétarienne27.
Troisièmement, nous ne devons pas être suivistes vis-à-vis le mouvement féministe. Le mouvement féministe est un mouvement multi-classes au sein duquel la petite-bourgeoisie et la bourgeoisie sont dominantes, et il ne s’intéresse que rarement aux luttes des femmes prolétariennes. Sous ses multiples formes (libéral, radical, postmoderne, queer), le mouvement féministe a également tendance à se tourner vers l’idéalisme pour expliquer l’oppression des femmes. Dans certaines luttes particulières, les féministes progressistes ou socialistes peuvent être d’importantes alliées de masse et nous devons donc éviter un antiféminisme généralisé, qui est une position réactionnaire. Cependant, les communistes analysent la situation des femmes prolétariennes, et des autres femmes, à l’aide des outils du matérialisme historique et dialectique, et soutiennent les intérêts objectifs du prolétariat et des femmes prolétariennes comme principe directeur lorsqu’ils interviennent dans les mouvements et les luttes des femmes.
En mettant en œuvre notre ligne sur la question des femmes, nous ne pouvons pas changer nos principes directeurs ni notre vision stratégique. Nous devons appliquer le principe de la centralité ouvrière, qui conduit à nous organiser dans les industries clés où les travailleurs sont fortement concentrés. Comme nous l’avons déjà vu, bon nombre de ces industries (éducation, santé, production alimentaire, textile) emploient un grand nombre d’ouvrières.
Dans certains cas, ces industries sont sous-syndiquées, comme les industries légères qui emploient beaucoup de femmes, et les communistes doivent être les premiers à mener ces travailleuses vers une lutte collective pour leurs conditions économiques et sociales, et ensuite pour le pouvoir politique. Dans d’autres cas, ces industries sont déjà syndiquées, et les communistes doivent alors intervenir pour mobiliser et organiser les travailleuses au sein de ces organisations souvent démobilisantes. Il faut y promouvoir le leadership prolétarien, y compris le leadership des femmes prolétariennes, par opposition au mauvais leadership de la bureaucratie de l’aristocratie ouvrière.
Nous n’appliquons pas non plus la centralité ouvrière de manière économiste. Les ouvriers sont la force motrice de la révolution au Canada et leurs revendications ne peuvent se limiter à des revendications économiques. Par conséquent, la lutte contre la discrimination sexiste à l’embauche, contre le harcèlement sexuel ou contre les agressions sexuelles sur le lieu de travail, contre les licenciements ou les mesures disciplinaires visant les femmes pour des raisons sexistes, en raison de leur rôle au sein de la famille ou en raison d’une idéologie rétrograde, fait partie intégrante de la lutte des classes. Une partie du rôle des communistes dans le mouvement syndical doit consister à élargir l’éventail des luttes au-delà des simples négociations des conventions collectives et des griefs, afin d’aboutir à une pleine reconnaissance des intérêts et des besoins politiques et sociaux de la classe ouvrière.
La voie vers l’organisation des femmes prolétariennes, qui constituent la grande majorité des femmes, passe par le travail ouvrier et, plus largement, par le travail de masse. Il est tout à fait normal que (certaines) camarades femmes se sentent particulièrement concernées par le travail d’organisation des femmes prolétariennes28. Dans tous les cas, le mot clé doit être « prolétariennes ». L’ESAC peut nous aider à identifier les lieux de travail stratégiques qui emploient beaucoup de femmes, et notre volonté d’organiser les femmes peut alors être canalisée dans des interventions communistes au sein de ces lieux de travail. Les revendications des femmes concernant les services publics peuvent être canalisées vers les organisations de masse politiques qui œuvrent dans les quartiers prolétaires. Dans tous les cas, le principe directeur est que le travail sectoriel suit le travail de masse basé sur la classe. Nous atteignons les femmes prolétaires en organisant le prolétariat dans son ensemble et la classe ouvrière dans les industries stratégiques en particulier, et nous reprenons leurs revendications particulières au fur et à mesure qu’elles se présentent, comme partie intégrante de la lutte de classe vers une nouvelle société socialiste.
Il existe bien sûr déjà un mouvement des femmes objectif (plus large que le mouvement féministe idéologiquement spécifique, bien que ce dernier soit très influent au sein de celui-ci). Il est composé de toutes les organisations, syndicats et groupes militants qui s’occupent des questions sectorielles relatives aux femmes comme lieux de lutte, qu’il s’agisse du droit à l’avortement, de la garde d’enfants, des agressions et du harcèlement sexuels, etc. Comme ce mouvement spontané est un mouvement démocratique multi-classes, les communistes y interviennent pour attirer son attention sur les femmes prolétariennes en particulier. Les forces accumulées dans le travail de masse basé sur les classes peuvent être mises à profit pour garantir que les femmes prolétariennes soient entendues et que leur poids démographique se reflète dans les priorités de ce mouvement plus large.
5 – Travail de masse, travail de Parti et leadership des femmes
Dans la volonté de suivre les traces de toutes les organisations communistes authentiques et qui ont connu le succès, le (Nouveau) Parti communiste du Canada prend les mesures nécessaires pour que la fureur légitime et la combativité des femmes prolétariennes puissent alimenter le mouvement révolutionnaire. Pour y parvenir, le Parti mène un travail de masse auprès des femmes prolétariennes, comme indiqué ci-dessus. Nous recrutons activement des femmes prolétariennes et nous restons attentifs aux différentes manières dont leur combativité, leurs capacités de leadership et leur engagement peuvent se manifester, même si elles peuvent différer de celles des hommes prolétaires.
Le Parti doit à tout moment veiller à ce qu’aucune de ses unités, ni aucune des organisations de masse au sein desquelles il intervient (qu’il s’agisse de celles qu’il crée ou de celles dans lesquelles il intervient de manière organique) ne devienne le théâtre de comportements interpersonnels contraires à l’éthique. La révolution n’est pas un dîner entre amis. Ce n’est pas non plus un club où l’on boit, une orgie ou une application de rencontre. En particulier aux stades relativement précoces de la construction du parti et du travail de masse où nous sommes, nos organisations sont vulnérables à l’opportunisme sexuel. Le Parti, dans ses propres rangs, doit veiller à ce que les membres agissent de manière responsable dans leurs relations interpersonnelles. Bien qu’il n’encourage pas la pratique contemporaine de la « cancel culture », qui est destructrice et rend les organisations vulnérables à l’État et à ses ennemis politiques, il s’efforce d’instaurer une discipline de fer et traite avec fermeté toutes les formes d’inconduite sexuelle.
Le Parti inclut déjà des femmes à tous les niveaux de direction. Dans la formation des cadres et leur préparation à des rôles de direction, dans le travail de masse et dans le travail de parti, il doit veiller à ce que les camarades femmes prometteuses soient bien représentées. Le Parti ne fait aucune distinction entre les capacités des communistes hommes et femmes, et il déploie des femmes pour effectuer le travail de masse dans tous les secteurs, ainsi que le travail de parti sous toutes ses formes, le travail idéologique et théorique, et d’autres travaux en dehors des limites de la légalité bourgeoise. En particulier, si le Parti veille à ce que le travail de masse ciblant les ouvrières soit entrepris dans une mesure conforme à son importance, il ne place pas les cadres femmes dans un ghetto « d’activisme féminin ».
Le Parti conçoit la théorie du marxisme-léninisme-maoïsme non pas comme une succession de « génies » et de « grands synthétiseurs », mais comme le produit collectif de la lutte prolétarienne. Cette lutte a jusqu’à présent atteint son apogée dans la Révolution d’Octobre, la Révolution chinoise et la Grande révolution culturelle prolétarienne. Le Parti reconnaît les contributions essentielles des femmes leaders du mouvement communiste à travers l’histoire, des femmes bolchéviques telles que Nadejda Kroupskaïa et Alexandra Kollontai, jusqu’aux membres fondatrices du Parti communiste allemand, Rosa Luxemburg et Clara Zetkin, en passant par la leader de la Révolution culturelle Jiang Qing, jusqu’aux femmes dirigeantes contemporaines du Parti communiste des Philippines (et du mouvement national-démocratique) et du Parti communiste indien (maoïste).
Le Parti reconnaît que, sous l’influence des vestiges féodaux-patriarcaux et des formes capitalistes de sexisme et d’oppression des femmes, de nombreux prolétaires sont amenés à adopter des comportements et des idées réactionnaires sur le rôle des femmes dans la société. Comme nous l’avons déjà écrit, le Parti ne peut s’isoler des prolétaires qui peuvent avoir des idées rétrogrades sur certains sujets, sinon il se retrouverait rapidement isolé du prolétariat dans son ensemble. Une fois encore, les idées dominantes sont celles de la classe dominante. Pour y remédier, notre principe fondamental doit être d’œuvrer vers l’unité plutôt que vers la division.
L’objectif des communistes est d’unir autant que possible la classe ouvrière afin de lutter contre ses véritables ennemis : la classe capitaliste et son appareil étatique. Pour ce faire, nous devons rallier les prolétaires à nos idées, qui sont après tout l’expression concentrée de leurs intérêts objectifs à long terme. L’un des moyens les plus efficaces pour rallier les gens à la cause des femmes consiste précisément à déployer des cadres femmes dans tous les domaines d’activité. La lutte commune contribue à dissoudre les préjugés et à favoriser des sentiments de camaraderie chaleureuse là où régnaient auparavant le manque de respect ou la méfiance. Elle ouvre également un espace pour la lutte idéologique, nécessaire pour remodeler les militants de masse et les communistes en développement. Les gens sont plus ouverts à être changés politiquement et idéologiquement si c’est fait dans le cadre d’un mouvement qui les avantage. C’est en partie pour cette raison que les révolutions, bien qu’elles ne puissent pas éliminer le sexisme d’un seul coup, permettent des progrès rapides concernant les conditions des femmes. Nous ne pouvons pas non plus nous permettre d’être suivistes à l’égard des opinions et des attitudes réactionnaires. Tous les membres du Parti doivent apprendre quand et comment lutter pour convaincre des gens, afin d’éviter à la fois de se laisser aller à des idées incorrectes qui divisent la classe ouvrière, et de repousser la grande majorité de la classe ouvrière en essayant d’imposer une pureté idéologique.
En résumé, le Parti doit :
- Mener de l’enquête sociale et de l’analyse de classe concernant les femmes prolétaires au Canada, en accordant une attention particulière aux industries où elles sont concentrées.
- Mobiliser les femmes prolétaires pour la révolution socialiste et intégrer les revendications sectorielles des femmes dans la lutte de classe dans son ensemble, au lieu de les traiter comme une question distincte.
- Promouvoir le leadership des femmes prolétaires tant au sein du parti que dans les organisations de masse, les syndicats et le mouvement prolétarien en général, ainsi que dans le mouvement démocratique des femmes.
- Lutter contre l’idéologie sexiste au sein du prolétariat et du peuple dans son ensemble afin de construire une unité de classe maximale et d’assurer la pleine participation des femmes prolétariennes au mouvement révolutionnaire.
- Défendre les droits démocratiques des femmes contre la droite de la bourgeoisie, les fascistes, les mouvements d’extrême droite et les institutions religieuses réactionnaires.
6 – Mesures révolutionnaires concernant la question des femmes
Nous concluons en présentant un addendum aux propositions du Programme politique du (N)PCC concernant la transition socialiste, qui précise davantage les dispositions relatives à la pleine égalité des femmes que la révolution socialiste doit mettre en place. Tout au long de la transition socialiste, le (N)PCC se battra pour :
- Mettre en place un réseau solide et collectivisé de services publics visant à libérer les parents, et en particulier les femmes, des tâches parentales. Ce réseau comprendra des services de garde d’enfants universels et gratuits, ainsi qu’un système éducatif renforcé, gratuit et universel, offrant une éducation scientifique et polytechnique afin de préparer les enfants à participer pleinement à la vie économique et politique en tant que membres du prolétariat, la nouvelle et dernière classe dirigeante de l’histoire.
- Maintenir le salaire complet des femmes pendant la grossesse et offrir une gamme d’options allant de la pleine participation économique pendant la grossesse à une compensation complète sans travail pendant la grossesse et la petite enfance, en fonction des préférences individuelles, de la situation et du type de travail des femmes. Les hommes bénéficieront d’un congé parental afin de garantir leur participation aux soins des nourrissons. Les familles recevront de l’aide pour l’éducation des enfants, à la fois par le biais des systèmes de garde d’enfants et d’éducation, et par la société dans son ensemble, qui veillera à ce que les besoins matériels des enfants (nourriture, vêtements, fournitures scolaires, accès à des ressources culturelles) soient satisfaits.
- Créer des brigades de travail féminines afin de faciliter l’intégration des femmes dans les secteurs dont elles ont été exclues ou dans les lieux où leur présence est limitée. La participation des femmes dans tous les secteurs sera garantie.
- Réprimer violemment les proxénètes et autres capitalistes qui tentent de tirer profit de l’exploitation sexuelle. Le commerce du sexe sera totalement éliminé, grâce à la répression (à l’encontre des proxénètes et des clients) et à la réintégration de ses victimes dans l’économie productive.
- Abolir la reconnaissance officielle des institutions religieuses. Sous la dictature du prolétariat, la liberté de religion sera pleinement garantie, mais les institutions religieuses seront traitées comme toute autre association libre de personnes et devront se contenter des moyens des participants actifs. Les biens des institutions religieuses seront confisqués, en particulier les vastes propriétés foncières des églises établies de longue date, afin de servir de centres communautaires, de centres culturels et d’autres institutions similaires appartenant à l’ensemble du peuple.
- Mener des campagnes de masse pour éduquer, mobiliser et organiser les hommes et les femmes afin qu’ils luttent pour l’égalité totale des femmes (notamment par des campagnes de masse pour l’intégration des femmes dans toutes les industries, pour le leadership des femmes au sein de la dictature du prolétariat, contre la violence sexuelle, contre la violence domestique, etc.).
Notes de fin
1 Nous ne pensons pas que l’œuvre d’Engels, un ouvrage d’anthropologie matérialiste historique vieux de presque 150 ans, fournisse le dernier mot sur le développement des sociétés humaines à travers les âges. Engels s’est appuyé sur les données anthropologiques dont il disposait, et les communistes d’aujourd’hui devraient suivre son exemple. Cependant, nous pensons que les points fondamentaux que nous répétons ici sont toujours valables et confirmés par les données disponibles aujourd’hui.
2 Le travail domestique à l’époque préindustrielle ne se limitait pas à la cuisine (une activité en soi longue et exigeante à une époque sans cuisinières électriques, micro-ondes ou lave-vaisselle), le nettoyage (également une tâche plus exigeante à une époque où les aspirateurs et les produits de nettoyage chimiques n’existaient pas) et l’éducation des enfants (là encore, un travail à plein temps au sens propre avant l’apparition de l’école publique), mais comprenait également la fabrication de nombreux autres articles, notamment la confection de vêtements et leur réparation si nécessaire, divers outils pour la maison, etc. Même aujourd’hui, malgré toutes les économies d’énergie rendues possibles par les appareils ménagers et la garde d’enfants assurée par le système scolaire public, le travail domestique peut encore être un travail à plein temps, ce qui explique pourquoi les femmes bourgeoises engagent des aidantes et des gardiennes pour effectuer ces tâches.
3 Il est important de noter que les relations de production semi-féodales sont précisément maintenues par le capitalisme-impérialisme lui-même. Par conséquent, le féminisme bourgeois-libéral qui aime évoquer avec émotion la condition des femmes dans les « pays en développement » est totalement hypocrite, car il n’a aucune intention de s’engager dans la lutte contre le capitalisme et l’impérialisme.
4 Nous faisons ici référence à la conception maoïste de la révolution culturelle. Nous ne voulons pas dire qu’il puisse exister une « révolution culturelle contre le sexisme » distincte, mais plutôt que les derniers vestiges de l’oppression des femmes ne pourront être éliminés que si la société supprime les vestiges du droit bourgeois, de la production marchande, de la division entre le travail manuel et le travail intellectuel, etc., dans le cadre desquels les questions de la division sexuelle du travail, de la socialisation de ce qui était autrefois le « travail des femmes », etc., seront confrontées de manière consciente et délibérée.
5 Statistique Canada.
6Pour une analyse statistique complète de la place des femmes dans la population active au Canada, voir le texte Claviers, seringues, caisses enregistreuses et chalumeaux : portrait statistique des femmes prolétaires au travail, également publié dans ce numéro de La voie ferrée, pages XXX.
7 Par exemple, bien que les femmes paysannes soient des travailleuses et travaillent aussi dur, voire souvent plus dur, que les hommes paysans, elles le font le plus souvent dans le cadre productif du ménage paysan.
8 https://www.cbc.ca/news/canada/manitoba/birth-alerts-child-welfare-agencies-indigenous-children-1.6587623
9 Dans les années auparavant, la proportion des enfants autochtones retirés de leur famille augmenta de 47,8 % en 2011 jusqu’à 51,7 % en 2016 : https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/41-20-0002/412000022024001-eng.htm
10 https://www.cbc.ca/news/canada/manitoba/department-families-report-cfs-children-in-care-2025-9.6943263
11 https://sencanada.ca/content/sen/committee/432/RIDR/reports/ForcedSterilization_Report_FINAL_E.pdf
12 En d’autres termes, nous ne pouvons pas nous contenter de mobiliser quelques syndicalistes et autres gauchistes lors de la Journée internationale des femmes sous la bannière de slogans féministes libéraux.
13 Le taux de fécondité est une mesure du nombre moyen d’enfants qu’une femme a dans une société donnée. Ici, nous utilisons spécifiquement le taux de fécondité fourni par Statistique Canada.
14 En 2025, le taux de fécondité au Canada était de 1,25, le plus bas jamais enregistré. Voir :
https://www.ctvnews.ca/canada/article/canadas-fertility-rate-has-reached-a-new-low/
15 Même dans un pays comme le Canada, où prévaut une approche plus libérale, on constate que la notion réactionnaire de « femme traditionnelle » regagne du terrain parmi les couches les plus conservatrices de la population.
16 D’ici 2028, l’administration Carney prévoit de réduire de près de 55 % le nombre de demandes d’immigration acceptées par le Canada (passant de 673 650 en 2025 à 370 000 en 2028). Insidieusement, ce plan d’immigration a été présenté comme une solution à la crise du logement abordable, à la saturation du système de santé, au surpeuplement, au sous-financement des écoles et à la hausse du chômage. Voir :
17 Nous nous concentrons sur ces deux religions parce qu’elles sont dominantes dans une grande partie de l’Europe, de l’Afrique, de l’Asie occidentale et des Amériques, et parce que notre étude de leur histoire a été plus approfondie. Cela ne signifie pas que notre analyse de la religion soit inapplicable aux religions orientales (quiconque affirme le contraire est probablement un réactionnaire partisan de l’exceptionnalisme culturel), mais simplement que, même si nous observons également une superstructure religieuse et une base sociale féodale en Orient, notre manque d’enquête ne nous permet pas d’en fournir les détails.
18 Les différents rois chrétiens étaient censés régner par la volonté de Dieu, tandis que les califes islamiques affirmaient être les successeurs du prophète Mahomet en invoquant diverses justifications. Cette mascarade idéologique s’est poursuivie jusqu’à très récemment. Les tsars russes adoptaient le slogan « Orthodoxie, autocratie et nationalité », qui est resté en vigueur jusqu’à ce que les ouvriers et les paysans renversent le dernier tsar, Nicolas II, en 1917. Les classes dirigeantes turques ont supprimé la fonction de calife en 1924, lors de la modernisation kémaliste. À ce jour, les monarques du monde entier se réclament d’une sorte de droit divin, que ce soit de manière purement symbolique ou d’une manière plus effective. Ainsi, Sa Majesté Reptilienne, le roi Charles III, est toujours à la tête de l’Église anglicane, le roi d’Arabie saoudite est le Gardien des deux saintes mosquées, le roi du Bhoutan incarne l’unité de la religion bouddhiste et de l’État, l’empereur japonais est toujours officiellement considéré comme le descendant d’une déesse, etc.
19 Néanmoins, dans de nombreux endroits, ces justifications ont évolué pour mieux s’adapter à leur époque, comme dans le cas de l’Évangile de la Prospérité, une doctrine protestante qui affirme que les richesses matérielles et la réussite commerciale sont accordées par Dieu et que ceux qui les possèdent sont bénis et vertueux.
20 Toutes ces données datent de 2019.
21 Les provinces des Prairies, en particulier le sud de l’Alberta, de la Saskatchewan et du Manitoba, constituent la « Bible Belt » canadienne, où le christianisme conservateur et fondamentaliste pullule.
22 Comme le taux de fécondité au sein des nations autochtones est supérieur à celui du reste du Canada, leur part de la population aurait normalement tendance à augmenter. Plus la part des Autochtones dans la population totale est élevée, plus les nations autochtones auront de poids pour défendre leurs droits nationaux et même militer en faveur de leur indépendance ou d’une transformation radicale des institutions canadiennes.
23 Nous ne voulons pas dire que les programmes d’éducation sexuelle libéraux sont irréprochables. L’éducation sexuelle scientifique (du type dont nous pourrions nous rapprocher sous le capitalisme) ne peut être pleinement réalisée qu’avec une refonte socialiste plus large de l’éducation. Les communistes ne font pas confiance aux technocrates libéraux pour l’éducation des enfants, mais ils ne tolèrent pas non plus que l’éducation soit laissée à la seule initiative des parents. Les jeunes ont droit à une éducation sexuelle scientifique, adaptée à leur âge, autant qu’ils ont droit à une éducation scientifique sur la géologie (malgré les « droits parentaux » des partisans de la théorie de la Terre plate). Quant à la campagne anti-transgenres menée par la droite bourgeoise à travers le monde, les communistes n’ont pas besoin d’adhérer à une métaphysique libérale du genre pour s’y opposer. Il leur suffit de la reconnaître comme une manœuvre de diversion chauvine qui fait le jeu de la politique sexuelle réactionnaire pour tenter de détourner la colère de certaines couches de la population. En général, les mobilisations et les mouvements anti-LGBT sont étroitement liés aux mouvements sexistes.
24 Ces conséquences pratiques ne sont plus explicites dans la Loi en raison de la nature « non sexiste » du mariage et du partenariat de fait dans le Canada contemporain, ce qui est un développement relativement récent.
25 Ces facteurs qui ont permis l’amour libre et la « libération sexuelle » sont les mêmes qui ont donné naissance aux mouvements LGBT. Dans une économie capitaliste avancée, l’atomisation sociale permet aux individus de faire des choix concernant leur propre vie, tandis que les contraintes familiales et culturelles s’assouplissent. Contrairement à ce que prétendent certaines forces rouge-brun, le socialisme ne réduit pas ce degré de liberté individuelle. Au contraire, il la renforce pour la grande majorité des gens, la classe ouvrière, en établissant leur pouvoir politique sur leurs propres conditions et en les libérant des pressions du marché qui les poussent à vendre leur force de travail aux capitalistes afin de pouvoir satisfaire leurs besoins fondamentaux.
26 Voir le rapport final de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées: https://www.mmiwg-ffada.ca/final-report/
27 Nous n’approfondirons pas ici les questions de l’oppression nationale et du racisme, deux concepts distincts qui conviennent beaucoup mieux à l’analyse des formations sociales et des conjonctures politiques que le concept académique nord-américain de « suprémacisme blanc », mais nous invitons les lecteurs à consulter l’analyse de notre parti sur la question nationale au Canada dans le Programme politique du (N)PCC pour voir comment ces outils doivent être utilisés.
28 Il est également courant que d’autres camarades femmes refusent de se limiter à travailler uniquement auprès des femmes. À l’inverse, les hommes communistes doivent également mener du travail de masse auprès des femmes, conformément à la stratégie de déploiement du Parti.

